Un ministre du travail pas comme les autres

Son nom n'apparaît dans aucun dictionnaire... Surprenant voire incompréhensible compte tenu de son combat.

 

 

 

 

Né le 28 janvier 1901 à Notre-Dame-de-Briançon (Savoie) d'un père ouvrier et d'une mère employée dans un tissage de velours.

En ce début de siècle, la condition ouvrière est difficile, les accidents du travail nombreux et il n'existe pas de couverture sociale ni de mutuelle. Antoine Croizat, son père, est le premier à mener une grève en Savoie en 1906 pour la dignité des ouvriers. Il obtient un droit à la santé après dix jours mais on "l'invite" à chercher du travail ailleurs. En 1907, il est embauché à Ugines où il mène une autre grève dont l'issue est la même : licenciement. Il part avec sa famille dans la région lyonnaise. C'est de là qu'Antoine part pour la guerre et Ambroise prend le relais en ayant les derniers mots de son père à l'esprit : "ne plie pas petit, marche dignement, le siècle s'ouvre pour toi". A 13 ans, il devient tourneur.

Le chemin va s'ouvrir à l'occasion d'une manifestation contre la guerre de 14-18. Il adhère à la CGT (Confédération Générale du Travail) puis à la SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière). A 17 ans, il est sur tous les terrains de luttes, anime les grandes grèves de la métallurgie lyonnaise puis il adhère au PCF (Parti Communiste Français) en 1920 lors du grand congré de Tours.

Antimilitariste, anticolonialiste : ces deux mots construisent ce jeune militant qui connaitra la prison pour ses positions. A partir de 1927, il ira sur toutes les routes de France : de Marseille à Lille, de la Lorraine en Girondes pour mener toutes les grèves et animer tous les comités de chômeurs.

Sur fond de crise dans les années 30, monte le fascisme : "s'unir, plus que jamais s'unir, disait-il, pour donner à la France d'autres espoirs". Ces mots, il va les dire aux abords de toutes les usines et au cours des luttes où cet infatigable unitaire ouvre avec d'autres l'ère du Front Populaire.

 

Léon Blum - 1936

 

En 1936, il est élu député de Paris. A l'Assemblée Nationale, il impose la première loi sur les conventions collectives du travail et donne avec Benoit Frachon aux accords Matignon les couleurs des congés payés et des quarante heures. Mais la guerre se profile...

Il est arrêté le 7 octobre 1939 avec d'autres députés communistes et incarcéré à la prison de la Santé. Il connait 14 prisons françaises, des procès truqués puis c'est le bagne à Alger. Libéré en février 1943, il est nommé par la CGT clandestine à la commission consultative du gouvernement provisoire d'Alger. C'est là que murissent les rêves du Conseil National de la Résistance et les grandes inventions sociales de la Libération dont la Sécurité Sociale. Ambroise Croizat en propose les premières "moutures" dès la fin de 1943 : "en finir avec la souffrance et l'angoisse du lendemain" disait-il à la tribune en 1944.

 

 

En novembre 1945, il entre au gouvernement en tant que Ministre du Travail. 138 caisses de Sécurité Sociale sont créées en deux ans par des anonymes d'usines après leur travail ou sur leurs congés payés "pour en terminer, selon Ambroise Croizat, avec l'indignité des vies dans l'angoisse de l'accident, de la maladie ou des souffrances de l'enfance."

Mais ce n'est pas le seul héritage de celui qu'on a surnommé "le Ministre des Travailleurs", il a oeuvré pour : la généralisation des retraites,  un système de prestation familiale unique au monde (Allocations Familiales), les Comités d'Entreprises, la Médecine du Travail, le statut des mineurs, celui des électriciens et gaziers (cosigné avec Marcel Paul), les classifications des salaires, la caisse d'intempérie du bâtiment, la loi sur les heures supplémentaires.

Une oeuvre phénoménale pour un homme qui a passé sa vie au service des autres.

Dès 1950, il est atteint d'une grave maladie et refuse de bénéficier des remboursements de la Sécurité Sociale, il meurt le 11 février 1951 et il est enterré au cimetière du Père Lachaise.

"Jamais nous ne tolèrerons que soit rogné un seul avantage de la Sécurité Sociale, nous défendrons à en mourir et avec la dernière énergie cette loi humaine et de progrès". Ambroise Croizat - 1950 - Assemblée Nationale.

 

 

 

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×